Jadis, lorsqu'un soldat faisait acte de trahison, on lui arrachait ses décorations et ses galons. De nos jours, lorsqu'un champion du monde usurpe son titre, fait acte de trahison envers toute la planète football, on lui enlève une étoile sur son maillot. La France avait pourtant fini par faire son deuil : la Coupe du Monde n'est pas un jeu où la France gagne toujours à la fin. Et qu'y a-t-il de plus douloureux que de perdre une finale de Coupe du Monde face à l'Allemagne ? Réponse : perdre une finale de Coupe du Monde face à L'Italie. Parfois même, on avait réussi à se convaincre que la victoire de l'Italie était celle du coaching de Lippi, que la Squadra méritait ce titre tout autant que la bande à Zidane, que le nouveau visage de l'Italie pendant la compétition mettait fin au trop emblématique cliché du catenaccio... En bref, cela faisait deux mois que la France s'était finalement résolue à jouer les bons perdants, même si la pilule avait été fort dure à avaler.
Mercredi 6 septembre 2006, 20h45 : La France a peur. Ou plutôt LES France ont peur. La France du passé, celle qui chante encore à tue-tête "I Will Survive" dans les mariages et les communions, qui pardonne à Zidane son trop fameux coup de boule, a peur, précisément parce que le numéro 10 des Bleus n'est plus là. "Ouh là la, attention, les Italiens c'est quand même les champions du monde, et nous on a même plus Zizou...". Respect. La France des journalistes a peur aussi, mais pour une toute autre raison. Le sélectionneur "des astres" (en un mot si vous le souhaitez) nous a encore gratifié d'une de ces facéties qui auront tôt ou tard leur place dans un recueil de bonnes blagues de Guy Montagné. Sidney Govou est titulaire. "A Lyon ? Ah, c'est bien qu'il revienne dans le groupe professionnel..." Non. Titulaire en Equipe de France. Face à l'Italie. Dans un système qu'on pensait avoir définitivement enterré face à la Géorgie, étant donné l'efficacité du 4-4-2.
4-2-3-1, ou comment prolonger jusqu'à l'indigestion, jusqu'au dégoût, un système qu'on identifiera ad vitam eternam à l'ère Zidane. Dans le rôle du futur Zidane... et après avoir casté Camel Meriem, Franck Ribéry. Moins glamour, c'est sûr. Mais Domenech s'attache à ces symboles qui font du ballon rond la plus belle histoire d'amour avec le peuple français. Il fallait un meneur de jeu pour affronter l'Italie, juste histoire de rappeler qu'il en a manqué un pendant une bonne dizaine de minutes un malheureux soir de juillet. Histoire de remuer le couteau dans la plaie. Histoire aussi de contribuer encore et toujours au mythe du dieu Zidane, selon lequel on aurait gagné la Coupe du Monde avec lui... La France aime les histoires à dormir debout.
Et pourtant, ce France-Italie de Saint-Denis (environ 2006 ans après Jésus-Christ) n'a rien d'une histoire à dormir debout, même si je me demande encore si je n'ai pas rêvé en voyant Govou effectuer une splendide reprise de volée au bout de 62 secondes, laissant impuissant le génialissime Buffon. Un joueur de CFA crucifie un gardien de deuxième division dans une revanche de finale de la Coupe du Monde. Stupeur... et tremblements : Govou est-il appelé à devenir un joueur indiscutable du team France, lui la cinquième roue du carrosse, courtisé par les plus grands clubs (de seconde zone...) ? En tous cas, il faut reconnaître, à mon grand désespoir, que sa titularisation a rapidement trouvé justification. Plus tard dans la soirée, il récidivera, assurant définitivement une victoire de l'Equipe de France acquise dès les cinq premières minutes.
Car, outre le coup de bluff (payant) de Domenech, on retiendra surtout la fort belle copie rendue par les Bleus. Depuis la prise de fonction du sorcier grisonnant, jamais l'Equipe de France n'avait atteint ce niveau de simplicité, d'abnégation, de technicité, même quand elle surclassa le Brésil cet été. Et ce SANS ZIDANE. Merci, enfin on va pouvoir respirer sans Zidane, allumer la TV sans Zidane, jouer sans Zidane. Zidane est mort... vive Ribéry ! Le quatuor offensif, porté par Scarface et relayé avec intelligence par un Henry en position de 10 et demi, a tout simplement étouffé l'arrière-garde transalpine, réduisant Cannavaro à un rôle d'icône photographique pour jeunes filles en mal d'affection. Et si Buffon n'avait pas réalisé un match honnête, l'addition aurait sûrement compté le supplément parmesan sur la pizza Reine cuisinée par les Bleus.
"Et y sont où, et y sont où, et y sont où, les Italiens ?" Ah, ça fait du bien, en effet ! La France ne jouait donc pas la bonne perdante depuis deux mois, au contraire. Partout en France, en ce mercredi 6 septembre, on a fêté la victoire de la France en finale de la Coupe du Monde jusque tard dans la nuit. Les chauvins de tous poils, les italianophobes en série, les nationalistes chantant... et tout ce qui reste de Français (c'est-à-dire peu) ont pour un instant refait l'histoire et décousu la quatrième étoile des Azzuri pour la placer dignement au-dessus du coq français. Et peu importe la véracité des faits, vous savez déjà que la France aime les histoires à dormir debout.
Phil Doucet
Mercredi 6 septembre 2006, 20h45 : La France a peur. Ou plutôt LES France ont peur. La France du passé, celle qui chante encore à tue-tête "I Will Survive" dans les mariages et les communions, qui pardonne à Zidane son trop fameux coup de boule, a peur, précisément parce que le numéro 10 des Bleus n'est plus là. "Ouh là la, attention, les Italiens c'est quand même les champions du monde, et nous on a même plus Zizou...". Respect. La France des journalistes a peur aussi, mais pour une toute autre raison. Le sélectionneur "des astres" (en un mot si vous le souhaitez) nous a encore gratifié d'une de ces facéties qui auront tôt ou tard leur place dans un recueil de bonnes blagues de Guy Montagné. Sidney Govou est titulaire. "A Lyon ? Ah, c'est bien qu'il revienne dans le groupe professionnel..." Non. Titulaire en Equipe de France. Face à l'Italie. Dans un système qu'on pensait avoir définitivement enterré face à la Géorgie, étant donné l'efficacité du 4-4-2.
4-2-3-1, ou comment prolonger jusqu'à l'indigestion, jusqu'au dégoût, un système qu'on identifiera ad vitam eternam à l'ère Zidane. Dans le rôle du futur Zidane... et après avoir casté Camel Meriem, Franck Ribéry. Moins glamour, c'est sûr. Mais Domenech s'attache à ces symboles qui font du ballon rond la plus belle histoire d'amour avec le peuple français. Il fallait un meneur de jeu pour affronter l'Italie, juste histoire de rappeler qu'il en a manqué un pendant une bonne dizaine de minutes un malheureux soir de juillet. Histoire de remuer le couteau dans la plaie. Histoire aussi de contribuer encore et toujours au mythe du dieu Zidane, selon lequel on aurait gagné la Coupe du Monde avec lui... La France aime les histoires à dormir debout.
Et pourtant, ce France-Italie de Saint-Denis (environ 2006 ans après Jésus-Christ) n'a rien d'une histoire à dormir debout, même si je me demande encore si je n'ai pas rêvé en voyant Govou effectuer une splendide reprise de volée au bout de 62 secondes, laissant impuissant le génialissime Buffon. Un joueur de CFA crucifie un gardien de deuxième division dans une revanche de finale de la Coupe du Monde. Stupeur... et tremblements : Govou est-il appelé à devenir un joueur indiscutable du team France, lui la cinquième roue du carrosse, courtisé par les plus grands clubs (de seconde zone...) ? En tous cas, il faut reconnaître, à mon grand désespoir, que sa titularisation a rapidement trouvé justification. Plus tard dans la soirée, il récidivera, assurant définitivement une victoire de l'Equipe de France acquise dès les cinq premières minutes.
Car, outre le coup de bluff (payant) de Domenech, on retiendra surtout la fort belle copie rendue par les Bleus. Depuis la prise de fonction du sorcier grisonnant, jamais l'Equipe de France n'avait atteint ce niveau de simplicité, d'abnégation, de technicité, même quand elle surclassa le Brésil cet été. Et ce SANS ZIDANE. Merci, enfin on va pouvoir respirer sans Zidane, allumer la TV sans Zidane, jouer sans Zidane. Zidane est mort... vive Ribéry ! Le quatuor offensif, porté par Scarface et relayé avec intelligence par un Henry en position de 10 et demi, a tout simplement étouffé l'arrière-garde transalpine, réduisant Cannavaro à un rôle d'icône photographique pour jeunes filles en mal d'affection. Et si Buffon n'avait pas réalisé un match honnête, l'addition aurait sûrement compté le supplément parmesan sur la pizza Reine cuisinée par les Bleus.
"Et y sont où, et y sont où, et y sont où, les Italiens ?" Ah, ça fait du bien, en effet ! La France ne jouait donc pas la bonne perdante depuis deux mois, au contraire. Partout en France, en ce mercredi 6 septembre, on a fêté la victoire de la France en finale de la Coupe du Monde jusque tard dans la nuit. Les chauvins de tous poils, les italianophobes en série, les nationalistes chantant... et tout ce qui reste de Français (c'est-à-dire peu) ont pour un instant refait l'histoire et décousu la quatrième étoile des Azzuri pour la placer dignement au-dessus du coq français. Et peu importe la véracité des faits, vous savez déjà que la France aime les histoires à dormir debout.
Phil Doucet




